Zoom sur le Vieux-Port : retour en arrière

Zoom sur le Vieux-Port : retour en arrière

Par Heloïse Leclerc

19 Août 2015

Le Vieux-Port est sans contredit l’un des endroits les plus charmants en Amérique du Nord. Dur de croire qu’au temps de mon enfance dans les années 80, il était plus volontiers associé aux prostituées qu’aux antiquaires. Je me souviens des poteaux électriques, des hordes de pigeons, des vitres cassées et encrassées, des bâtiments vacants : à l’époque, l’endroit était plutôt désert, à mille lieues de la destination touristique courue. Surtout, je me remémore mes premiers émois culinaires dans les restaurants de mon quartier : les aiguillettes de canard de l’Échaudé, les fajitas de l’Aviatic, la soupe froide à la noix de coco et aux fruits exotiques du Laurie Raphael, alors sur Sault-au-Matelot…

Je suis partie à la rencontre d’entrepreneurs à la fois téméraires et persévérants, qui, les premiers, ont pressenti le potentiel de cette petite bande entre le cap et le fleuve et qui en ont fait la destination gourmande la plus réputée à Québec. Au menu : authenticité, tradition et adaptation.


Café Le Saint-Malo (1982)

75, rue Saint Paul

Monique Mailloux s’est installée sur la rue St-Paul en 1982, en prévision de la transat Québec St-Malo (les grands voiliers) de 1984. « Certains appelaient encore notre rue la rue des putes. Même plusieurs années plus tard, les autobus climatisés ramassaient les touristes au pied de bateaux de croisière, pour les amener magasiner directement à Ste-Foy,  » se remémore-t-elle. Aujourd’hui, son fils Georges-Antoine Pelletier LeBlanc a pris le relais : « Les touristes sont maintenant à la recherche d’authenticité. Notre restaurant offre un cachet européen sans prétention, décomplexé, sympathique et les prix qui vont avec. Je suis chanceux que ma mère ait fait la renommée de notre établissement. »

L’Échaudé (1984)

73, rue du Sault-au-Matelot

Lorsque Robert Plamondon a ouvert l’Échaudé avec des associés en 1984, il savait que le secteur était au creux de la vague, mais que ce n’était qu’une question de temps avant qu’il connaisse un nouvel essor. « On avait tous voyagé, on avait vu les zones portuaires dans le Maine, à New York, même dans le Vieux-Port de Montréal. (…) On espérait que cela allait se faire vite, finalement ça a pris presque 20 ans. » Le restaurateur soutient qu’en essence, la vision derrière le concept de son restaurant n’a pas changé et que c’est ce qui attire touristes et réguliers. « Bien faire les choses n’est pas une mode. Nous faisons une proposition culinaire à l’image de la vraie définition du bistro. »

L’Aviatic (1989)

450, rue de la Gare du Palais

Au début des années ‘90, l’Aviatic, sise Gare du Palais, introduit les fajitas à Québec, des années avant que McDo mette la main sur le filon. « À l’époque, on voyageait à chaque année, moi et les propriétaires, et on ramenait des idées », explique Chef Jean-François Houde, à la tête de l’établissement depuis 25 ans. « On se renouvelle constamment et on le fera encore », souligne l’un de associés, Martin Girard. Chef Houde souligne cependant que l’innovation est difficile pour un restaurant cosmopolite, vu qu’Internet qui donne à tout le monde un accès au monde entier. Qu’à cela ne tienne, l’entreprise s’est jointe au programme expérimental de compostage de la ville et démarche pour certifier les poissons « durables » qu’elle inscrit à son menu, comme quoi l’innovation ne passe pas que par le voyage!

 

Spag&Tini (1985)                               

40, rue du Marché-Champlain

Caroline Bergeron, qui a racheté La place du Spaghetti de son père en 2005 présentait récemment une allocution pour souligner le 30e de l’entreprise familiale située dans le Petit Champlain. « Vous souvenez-vous où vous étiez il y a 30 ans? Moi, je venais d’avoir 10 ans et je ne pensais qu’à m’amuser. Je vivais dans une famille où mes 2 parents étaient entrepreneurs et je ne manquais de rien… Je ne comprenais toutefois pas pourquoi mes parents travaillaient autant… Pourquoi on n’était pas en famille le week-end? Aujourd’hui, 30 ans plus tard… je sais! J’ai compris qu’être entrepreneur et restaurateur exige beaucoup de temps et un énorme don de soi. C’est en fait une vocation, un choix. Un choix que nous avons fait dans notre famille, d’être au service des gens, d’être des créateurs de petits bonheurs! »

 

Asia (1990)

89, rue du Sault au Matelot

Madame Pham, une immigrante vietnamienne monoparentale, a fait carrière en génie chimique avant de devenir multimillionnaire dans l’immobilier à Québec, puis de tout perdre dans récession de 89-90. La self-made woman a ouvert son premier restaurant, Asia, avec l’espoir de faire de l’argent rapide et facile... Même si la réalité n’a pas tardé à rectifier sa vision, on sent qu’elle croit aujourd’hui plus que jamais en ce qu’elle fait. « L’avantage pour mes clients, c’est qu’on offre une cuisine différente de ce qu’ils mangent à tous les jours. C’est bon, naturel, nourrissant, et surtout, sans glutamate parce que ce n’est pas bon pour toi », explique la septuagénaire avec un clin d’œil.

Crédit photos : Catherine Côté 

 

Le Buffet de l’Antiquaire (1976)

95, rue Saint Paul

Lorsque Gilles Boulay a racheté Le Buffet de l’Antiquaire en 2007 avec deux associés, il savait que le propriétaire fondateur Jean-Paul Lebel lui remettait les clés d’une formule gagnante : un restaurant sans prétention offrant une cuisine traditionnelle et  accessible, une rareté pour le secteur. Impossible, cependant, de s’assoir simplement sur la réputation du restaurant. Pour rester dans « la course », les propriétaires ont investi massivement pour développer le cachet de leur établissement et mettre en valeur leur approche « fait maison », allant jusqu’à embaucher Jeff Dezz Frenette, un photographe artistique de Québec afin de faire valoir leur offre à l’heure où de nouveaux joueurs commencent à investir le créneau de la cuisine néo-traditionnelle.

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